Interview GynecoFem Bénédicte

par | Oct 2, 2019 | INTERVIEW, VOG | 0 commentaires

Gyneco_fem est un compte Instagram tenu par Bénédicte. C’est une jeune gynécologue féministe qui nous informe dans la bienveillance sur la santé et la sexualité des femmes. Je suis vraiment ravie qu’elle ai accepté de répondre aux questions suivantes qui me semblent importantes pour nous toutes. Elle nous donne aussi son point de vue sur les violences obstétricales et gynécologiques que subissent beaucoup de femmes de nos jours. Bonne lecture 😉

Violences Obstétricales et Gynécologiques 

 

  • Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Ce qui m’a donné envie de faire ce métier est le fait de pouvoir accompagner et aider les femmes tout au long de leur vie et notamment lors de moments heureux (la grossesse et l’accouchement), ce qui est rare en médecine.

En effet lorsqu’on est étudiant en médecine, on passe dans différents services et on est confrontés à des situations de maladie, de souffrance, de deuil etc.. Côtoyer au quotidien la souffrance humaine a toujours été éprouvant pour moi alors qu’en gynécologie, nous avons la chance de pouvoir accompagner également des patientes en bonne santé. D’ailleurs la grossesse et l’accouchement sont les seuls moments où l’on vient à l’hôpital pour un événement heureux !

Le côté très vaste de cette spécialité où on est formés aussi bien au côté médical, chirurgical qu’en imagerie a également contribué à mon choix.

 

  • Qu’est-ce que vous préférez dans ce métier ?

En gynécologie, surtout lorsqu’on exerce en cabinet, on ne « sauve » pas de vies, nos patientes sont généralement en bonne santé mais j’ai l’impression de pouvoir parfois leur apporter une amélioration de leur quotidien, de leur bien-être. Que ce soit en étant bienveillante et en les rassurant sur la normalité de leur corps, de leur sexualité, en s’assurant qu’elles bénéficient d’une contraception qui leur conviennent et la changer si ce n’est pas le cas, en les rassurant et en les accompagnant au cours de leur grossesse pour qu’elles la vivent de manière apaisée, en les soutenant dans des moments plus difficiles (fausse-couche, IVG..), en diminuant certains symptômes de la ménopause, d’un syndrome pré-menstruel, d’une endométriose, d’un déséquilibre vulvaire etc..

Je trouve ça très gratifiant de pouvoir ainsi aider mes patientes et essayer d’améliorer leur qualité de vie au quotidien.

C’est aussi très enrichissant de pouvoir rencontrer et échanger avec des femmes de tous âges, de tous horizons, avec des parcours de vie très divers.

 

  • Comment se déroule un examen gynécologique de suivi basique ?

Lorsque l’on voit une patiente pour la première fois, il faut s’enquérir de ses antécédents (médicaux, chirurgicaux, obstétricaux, allergiques, familiaux, d’un éventuel tabagisme ou d’éventuels traitements)

Puis on procède à l’interrogatoire, c’est à dire une discussion avec la patiente pour connaître ses problématiques ou symptômes, sa contraception, ses éventuels facteurs de risque et surtout les éventuels questions qu’elle se pose. Cet interrogatoire va guider l’examen gynécologique.

L’examen gynécologique « de base » va comporter un examen au spéculum, +/- la réalisation d’un frottis ou de prélèvements vaginaux, un toucher vaginal pour apprécier la taille de l’utérus et des ovaires. En cas d’utérus ou d’ovaire augmenté de volume au toucher vaginal, ou suivant les symptômes de la patiente on pourra compléter par une échographie pelvienne.

Cet examen gynécologique n’est réalisé, sauf exception, que chez les patientes majeures ayant déjà eu des rapports sexuels avec pénétration et qui sont d’accord pour la réalisation de cet examen.

Dans un second temps, un examen mammaire et la prise de la tension sont effectués.

 

  • Comment se déroule un premier examen gynécologique pour une jeune fille n’ayant pas encore eu de rapports sexuels ?

Pour une fille ou une femme n’ayant pas encore eu de rapports sexuels avec pénétration (je précise toujours car on peut avoir eu des rapports sexuels sans pénétration), il n’y a pas d’examen gynécologique à proprement parlé.

On note les antécédents, on fait l’interrogatoire, on discute éventuellement contraception, on répond aux questions puis on fait l’examen mammaire et la prise de tension mais on ne fait pas d’examen gynécologique.

En cas  de problématique vulvaire (démangeaison, bouton, douleur) on peut proposer à la patiente avec son accord de faire une inspection vulvaire, c’est-à-dire un simple examen de la vulve et du vestibule sans examen au spéculum ni toucher vaginal.

 

  • A partir de quel âge est-il indispensable pour une jeune fille de consulter un gynécologue ?

Il n’y a pas vraiment d’âge car cela dépend des symptômes de la jeune fille, de son éventuelle sexualité, de son éventuelle contraception.

Une jeune fille qui n’a aucun problème ou symptôme gynécologique, pas de rapports ou pas besoin d’une contraception peut ne venir qu’à partir de 25 ans, âge où le premier frottis est recommandé.

 

  • Comment se déroule un premier examen gynécologique pour une jeune fille ayant déjà eu des rapports sexuels ?

L’examen gynécologique en soit se déroule comme lors d’un examen gynécologique de suivi. Par contre en amont, il est important d’expliquer, à l’aide de schémas anatomiques en quoi va consister cet examen gynécologique et dans quel but il est réalisé.

Le fait de ne pas savoir pourquoi le gynécologue a mis un instrument dans le vagin puis un doigt dans le vagin, peut vraiment être mal vécu.

Et pour un premier examen gynécologique il faut d’autant plus aller doucement et d’autant plus demander l’accord de la patiente avant de réaliser chaque geste car cette première consultation gynécologique est souvent très impressionnante ou appréhendée par les jeunes filles.

 

  • Quels « actes » effectués régulièrement en gynécologie ne sont pas acceptables et peuvent être considérés comme des Violences Obstétricales et Gynécologiques ?

L’épisiotomie a été trop longtemps et est encore dans certaines maternités réalisée de manière abusive alors que toutes les études ont montrés qu’elle n’avait que de très rares indications et qu’elle exposait la femme à des complications qui sont bien moins fréquentes si la déchirure se fait naturellement.

La réalisation de certains gestes sans anesthésie ou sans analgésie suffisante est également une violence car nous avons de quoi soulager les patientes mais que ce n’est pas toujours fait.

La réalisation de geste invasif sans le consentement de la patiente n’est pas acceptable.

Et malheureusement la grande majorité des violences gynécologiques et obstétricales sont verbales donc peuvent être rencontrées quelle que soit la situation médicale de la patiente.

 

  • Confirmez-vous que tout acte non consenties par la patiente ne sont pas acceptables ?

Tout geste médical doit effectivement être réalisé après consentement libre et éclairé du patient, c’est une des bases de la déontologie médicale.
« Article 36 (article R.4127-36 du code de la santé publique) : Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.
Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences.
Si le malade est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que la personne de confiance, à défaut, la famille ou un de ses proches ait été prévenu et informé, sauf urgence ou impossibilité. »

 

  • Quels sont les moyens de contraception que vous préconisez le plus souvent et pourquoi ?

Lors d’une consultation de contraception, je présente les différents moyens de contraception dont l’efficacité est supérieure à 90% à la patiente et je la laisse choisir (en dehors évidemment d’une contre-indication à l’un ou l’autre des moyens de contraception).

La nécessité de laisser choisir la patiente après information sur les différents moyens de contraception a d’ailleurs été rappelée dans les recommandations sur la contraception du collège des gynécologues obstétriciens français de 2018.

 

  • Est-ce qu’une jeune fille n’ayant pas encore commencé sa vie sexuelle doit forcément voire un gynécologue ?

Non, si elle n’a pas de symptômes ou de problèmes gynécologiques, elle ne doit pas forcément aller voir un gynécologue.

  • Dans quels cas un examen interne est-il absolument nécessaire ?

Si par examen interne, vous faites référence à l’examen au spéculum, au toucher vaginal ou à l’échographie par voie endo-vaginale, il est absolument nécessaire en cas de symptôme ou de problème gynécologique et pour réaliser un frottis (pour le dépistage du cancer du col)

  • Qu’est-ce que pour vous la notion de consentement entre le praticien et sa patiente ?

Le consentement de la patiente est une obligation en médecine (cf question 8) mais est d’autant plus important en gynécologie car c’est une spécialité particulière en cela qu’elle touche à l’intime. Le consentement permet donc d’instaurer un climat de confiance entre le praticien et sa patiente car elle sait que rien ne sera réalisé sans son accord.

  • Comment doit se dérouler un examen gynécologique suite à un viol ou une agression sexuelle ? Comment aborder la patiente ?

L’accueil des patientes suite à un viol ou une agression sexuelle se fait normalement à l’hôpital ou dans un institut médico-judiciaire selon des protocoles établis. Normalement c’est un médecin légiste qui procède à l’entretien avec la patiente pour noter tout le récit et tous les faits qui pourraient être utile en cas de suite judiciaire. C’est aussi normalement lui qui procède aux prélèvements ADN car la présence d’un médecin légiste qui selle les prélèvements est nécessaire pour que ceux-ci soient recevables en cas de suite judiciaire.

Dans les faits, à l’hôpital c’est souvent les internes de gynécologie qui effectuent ces prélèvements car ils sont beaucoup plus habitués à faire une examen gynécologique que les médecins légistes et peuvent donc les effectuer de manière beaucoup plus douce.

Le médecin légiste examine également le corps de la patiente à la recherche de lésions (hématomes, plaies, éraflures etc..) qui sont souvent causées par l’opposition à l’acte de l’agresseur.

 

Le plus important est d’instaurer un climat de confiance.

Il est préférable d’être au moins 2 personnes avec la patiente pour éviter de risquer de réactiver le traumatisme lors de l’examen gynécologique et pour ne pas qu’elle se sente « en danger » avec une seule personne (bien sûr une seule personne effectue l’examen gynécologique, l’autre est plutôt là en soutien, pour parler, expliquer).

Je pense qu’il est préférable de demander si la patiente préfère être examiné par un homme ou par une femme mais cela n’est pas toujours possible dans les faits.

Il faut bien sûr demander à la patiente son accord pour chaque geste effectué. L’examen gynécologique pour effectuer les prélèvements ADN n’est bien sûr pas obligatoire mais il faut expliquer à la patiente que ces prélèvements sont importants car si elle veut, que ce soit d’emblée ou secondairement, porter plainte, les prélèvements ADN seront nécessaires pour confondre son agresseur et s’ils sont effectuées trop tard, ils peuvent être moins pertinent ou ne pas donner de résultats.

 

  • Comment prendre en charge une patiente pour laquelle un examen gynécologique génère beaucoup de stress et d’angoisse ?

Là encore, le plus important est d’instaurer un climat de confiance pour que la patiente se sente à l’aise avec le praticien. Il est encore plus important que d’habitude, de prendre son temps, d’expliquer chaque étape, en amont puis pendant l’examen gynécologique.

On peut aussi préciser que l’examen gynécologique est important médicalement mais n’est jamais obligatoire si elle s’y oppose et que même au cours d’examen, elle peut décider d’y mettre un terme.

Avant l’examen gynécologique, je propose souvent à la patiente, une fois qu’elle est assise sur la chaise gynécologique, de faire quelques respirations profondes lentes, ce qui permet de diminuer un peu la fréquence cardiaque et le stress.

 

En cas de stress et d’angoisse importants, il faut également rechercher un éventuel élément déclencheur, lui demander si ça a toujours été difficile pour elle, si un examen gynécologique s’est un jour mal passé  ou si elle s’est déjà senti contrainte dans son propre corps car une autre personne (sans forcément prononcer directement les mots de viols ou d’agressions sexuelle qui peuvent être très violents à entendre pour la patiente)

  • Dans un monde idéal, comment feriez-vous pour éradiquer toutes les Violences Obstétricales et Gynécologique ?

La question la plus difficile pour la fin…

C’est une vaste problématique et je me questionne souvent sur la question.

Je pense qu’une des pistes est justement le féminisme, le fait de se rendre compte qu’il n’est jamais facile pour une femme de parler de choses intimes et de se déshabiller devant quelqu’un qu’elle ne connaît pas pour avoir un examen de ses organes génitaux.

J’ai l’impression que malheureusement on comprend tout à fait que ce soit compliqué pour les hommes alors que pour les femmes on pense que cela est normal.

 

Il faut également veiller à mettre la bienveillance au centre de la relation médecin-patiente. Cette bienveillance devrait, à défaut malheureusement d’être normale pour tout le monde, être enseignée à tou.te.s les profesionnel.le.s de santé.

Il faut également en finir avec la vision paternaliste de la médecine qui sous-entend une relation verticale où le.la professionnel.le de santé détient le savoir et donc décide pour la patiente et passer à une relation  plus horizontale de collaboration entre médecin et patient.

 

Et un dernier axe serait la nécessaire neutralité des profesionnel.le.s de santé, qui ne doivent pas faire de remarques à leur patient sur leurs choix de vie, leur sexualité, leur religion, leur corps, leurs éventuels tatouages ou piercing etc.. Et même quand ces remarques se veulent parfois positives sous forme de « compliment », je pense que cela est toujours déplacé et n’a rien à faire dans une relation de soin.

Violences obstétricales et gynécologiques

Les violences obstétricales et gynécologiques doivent être éradiquées. Le tabou qui est bien présent sur la sexualité, et les violences obstétricales et gynécologiques doivent disparaitrent. Et pour cela je vous invite toutes et tous à dénoncer les pratciens qui vous en font subir. 

Les violences obstétricales et gynécologiques  peuvent avoir des conséquences dramatiques sur une vie. 

Battons nous toutes et tous ensemble pour lutter contre les violences obstétricales et gynécologiques ! 

Marine Gabriel

Fondatrice de Balance Ton Utérus